Chênes et Baobabs - Partage France Sénégal

Janvier 2011—Mission au Sénégal

MMmes Bonnard Christine, Boyer Blandine, Deniau Laure et Lebrot Marie-Thérèse


Lucide constat  ! par Marie-Thérèse Lebrot, Président de C&B-PFS

De date à date, un an s'est écoulé entre deux déplacements. J'ai trouvé un appauvrissement social inquiétant, des personnes âgées , principalement des hommes, contraints à la mendicité à côté des petits talibés ; cette situation est nouvelle.

En outre les enfants des rues sont de plus en plus jeunes, il est fréquent de voir au sein de chaque groupe des petits de 4 et 5 ans.

Par ailleurs la pauvreté engendre toutes les dérives de surenchères systématiques auprès des touristes , y compris les arrêts fréquents sur les routes qui doivent payer , pour  continuer le chemin ; pour les sénégalais , des produits alimentaires et autres sont vendus en quantité infinitésimale, pour  un accès, qui reste occasionnel, par manque de CFA.

Tout bouge à Dakar, mais petitement .

La langue française est de moins en moins usitée à Dakar comme à  Saint-Louis ; certes le Wolof est l'une de leurs langues, toutefois le Français était le trait d'union pour le Wolof, le Peul, le Sérère, le Diola,  etc…

Où est la Teranga des ancêtres ?

Une religion de plus en plus grandissime! Quelle sera l'alternative pour le Sénégal ? Seul point optimiste : la remise en état du pont Faidherbe à Saint-Louis.

Autre fait porteur d'espérance, la réception de l'association Chênes et Baobabs par M. Adama KANOUTE (il est conseiller municipal à la mairie de Saint-Louis, membre de la commission  « alphabétisa-tion »).

Le projet pour les petits talibés (l'alimentaire, l'alphabétisation,  le médical) a été bien reçu, avec "l'ancrage" chez Waly Ba qui a été gratifié d'un panégyrique bien mérité.


Marie-Thérèse Lebrot


Un repas très émouvant ! par Blandine Boyer

Wali Bâ, l’instituteur en retraite qui gère l’APER (Association pour la Protection des Enfants des Rues), association jumelle de la nôtre, vient nous chercher à l’auberge. Nous nous rendons chez lui, Quartier Sor Diagne. Sa maison autour d’une cour est propre et accueillante.

Les enfants sont déjà là, dans la cour. Cette année ils sont quarante à attendre le repas que les toubabs leur offrent à l’occasion de leur venue annuelle. Encadrés par des grands de 15-16 ans, ils sont très disciplinés : pas de cris, pas de chahut ; ce sont des petits enfants résignés que nous découvrons.

 

Wali a fait confectionner par son épouse un riz aux oignons accompagné de morceaux de viande. Il a réparti dans quatre grandes bassines la nourriture.

Les enfants ne marquent pas de signes d’impatience ; ils restent très calmes malgré la faim qui les tiraillent.

C’est un moment très émouvant et très poignant !

Bien que nous soyons habitués à les voir déambuler dans les rues à Dakar ou à saint-Louis, de les voir ici, regroupés, à attendre notre bon vouloir, on ne peut pas s’empêcher d’être bouleversés par autant de résignation et de soumission de la part d’enfants.

Eux ne rient pas ; ils nous observent et leurs regards en disent plus long que tous les mots qu’ils auraient pu nous dire s’ils parlaient le français.  La rencontre est brève ; les plats sont posés dans une salle parles plus grands ; pas de bousculade, pas de perte de temps, il faut manger vite !  Tous s’agenouillent et mangent dans un calme surprenant.

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la nourriture est avalée.  Nous n’avons pas le temps de réaliser qu’ils se sont déjà tous évanouis dans la nature. Nous devons les faire rappeler par les grands pour qu’ils viennent chercher leur dessert.

 

Nous nous étions cotisées pour leur acheter des pommes, dessert rare et cher au Sénégal ; mais ils n’ont pas voulu manger dans la cour ; telle une volée de moineaux, ils ont à nouveau disparu , avant que l’on ait distribué la dernière pomme. Notre présence les intimident tout de même ; ils sont très jeunes et très sauvages. Ils ne sont pas habitués à ce qu'on porte une quelconque attention à leur petite personne. Indifférence et mépris sont le lot de ces petits malheureux, livrés très jeunes par leurs parents à un marabout sans scrupule.

 


Généralités sur la médecine traditionnelle africaine ! par Laure Deniau

La médecine traditionnelle est aussi vieille que l’Humanité, aussi ancienne que la douleur. Elle s’est enrichie, de génération en génération, de la rencontre de plusieurs pratiques et de plusieurs civilisations, pour devenir un véritable art de guérir, basé sur la connaissance et/ou le savoir du naturel, du physique et du subtil dans toutes leurs dimensions. Elle a une approche holistique et considère l’Homme comme un Tout multidimensionnel, ce qui lui confère, par rapport à la jeune médecine conventionnelle, une logique, une rationalité différente et une pratique parfois différente.

Si la médecine conventionnelle définit la santé comme « un état de bien être physique... », la médecine traditionnelle la définit comme un équilibre entre les contraires. La maladie devient dès lors un déséquilibre et l’art de guérir reste l’utilisation de moyen physique et/ou subtil pour rétablir l’équilibre, l’harmonie.

L’Homme doit jouer un rôle de tête de pont dans l’aventure cosmique. Toute vie, toute créature est cyclique. La naissance n’est pas un début — la mort n’est pas une fin. Des exemples traditionnels et para-scientifiques montrent qu’avant de naître, on vivait et par la mort on vit ou plus exactement on est en attente de renaître (ce qui explique le culte des ancêtres). Or, pendant cinq siècles marqués par l’esclavage et la colonisation, plusieurs millions d’êtres humains sont morts et ont été ensevelis sans avoir bénéficié de de rituel. Ils ne peuvent donc pas intégrer leurs cycles de vie.

L’Homme n’est qu’un bonus de l’énergie qui appartient à l’univers. Il est connecté au Monde des Ancêtres, au monde des lois qui gouvernent la nature. Chaque individu est traversé par un plan vertical (ascendants, personne choisie par la destinée) et par un plan horizontal (femme, enfant, famille).

L’association PROMETRA se charge entre autre de former des guérisseurs.: le futur guérisseur apprend le langage des plantes ; il détient le code pour communiquer avec elles, pour qu’elles soient efficaces. Une même plante peut ainsi être utilisée pour soigner ou faire mourir.

De manière générale, la civilisation africaine traditionnelle produit des Hommes conformes à un modèle social où l’individu s’efface devant le groupe.

De manière plus spécifique, l’élève guérisseur reçoit un ensemble de formations qui est fait d’un oubli de soi, de son narcissisme, de son monde, qui le rend disponible aux autres. Cette formation est primordiale pour permettre de jouer pleinement son rôle. La para-psychologie de demain sera peut-être l’étude expérimentale de l’interaction cosmique et psychique dont les résultats permettront à l’Homme de mieux se connaître et de mieux se situer.

Au cours des séminaires, les guérisseurs sont réunis et confrontent leurs expériences et leurs savoirs. Un guérisseur connaît particulièrement une ou plusieurs plantes ; si quinze guérisseurs se réunissent, le travail en groupe multiplie les chances de trouver les remèdes indiqués pour un cas particulier.

 

Laure Deniau


Comprendre la spécificité de l’enseignement coranique au Sénégal !  par A. Bréant


L’enseignement coranique au Sénégal se fait généralement dans un Daara ou école coranique de base.  Les jeunes enfants (garçons et filles) qui fréquentent un Daara sont appelés talibés. Le Maître d’école est appelé Marabout.

Il y a plusieurs sortes de Daaras selon le mode de fréquentation, la participation financière ou non des parents, la mendicité pratiquée par les enfants, les conditions d’hébergement, etc.

L’objectif est d’apprendre le Coran : généralement cet objectif est atteint en quatre à six années.

L’éducation coranique se veut une éducation totale du Maître à l’élève fondée sur trois principes :

  1. l’apprentissage du Coran , guide spirituel mais aussi langue de communication phonétique
  2. l’apprentissage de l’humilité et de l’obéissance
  3. La valorisation de la culture traditionnelle comme élément d’intégration sociale.

L’enseignement coranique  peut être pratiqué avant la scolarisation officielle dans l’école publique et laïque sénégalaise mais pour les enfants des milieux défavorisés, cet enseignement coranique se substitue généralement à l’instruction publique et c’est ainsi que l’on peut encore voir de grands adolescents dans la situation de talibés.

L’étude du fonctionnement de certains daaras mettent en évidence des problèmes de fonctionnement (source : Association Culture et Développement) :

 

Aujourd’hui, l’objectif de Chênes et Baobabs et de l’APER de Saint-Louis est avant tout d’offrir aux enfants des garanties d’hygiène, d’alimentation et de sécurité.

Alain Bréant